Désenchantée est sans aucun doute le titre phare de la carrière de Mylène Farmer. L’artiste a bien sur sorti d’autres chansons suscitant tout autant le succès mais c’est Désenchantée qui a s’il on peut dire enchanté toute une génération (et même plusieurs) dans les années 1990.
VISUEL SINGLE« DÉSENCHANTÉE »
Désenchantée est une chanson écrite par Mylène Farmer et composée par Laurent Boutonnat, sortie le 18 mars 1991. C’est le premier extrait de l’album L’autre, apparut en même temps dans les bacs. Possédant des paroles intelligentes sur une musique dynamique (type dance), Désenchantée fut le titre le plus engagé socialement. Il devint rapidement numéro 1 des charts en France pendant 9 semaines avec 1 300 000 exemplaires vendus. Ce succès dépassa les frontières puisque le single se retrouva numéro 3 aux Pays-Bas et numéro 16 en Autriche. Chanson la plus diffusée en France en 1991, elle est celle qui a rapporté le plus de droits d’auteur.
MYLÈNE EN GAVROCHE
Désenchantée, un titre évocateur de la carrière de Mylène Farmer. On croit s’attendre à une nouvelle et larmoyante « bulle de chagrin », pourtant il n’en est rien. On sent dès le début de la chanson que Mylène a muri. Fini donc l’époque d’Ainsi soit-je…
La chanteuse pose sur le texte une voix plus affirmée, plus éclatante. Le thème musical de Laurent Boutonnat est dynamique et synthétisé (judicieusement confié aux cuivres lors des concerts). La jeune femme assume également un nouveau style androgyne : cheveux courts et vêtements « à la garçonne ».
MYLÈNE DÉSENCHANTÉE
Désenchantée, le tube 90’s de Mylène Farmer termine très mal le siècle. L’an 2000 tout proche ne s’annonce pas plus serein. La génération de Mylène attend un messie qui ne vient pas. Il est nulle part, ni sur terre, ni dans le ciel. Difficile de bâtir un avenir dans ce monde chaotique. Voir le livre « La méthode » d'Edgar Morin (chapitre 2, page 451).
Les deux premiers vers annoncent la couleur : « nager dans les eaux troubles des lendemains ». C’est imaginer se que sera demain sans se faire d’illusion et en mettant ces certitudes au placard. « Attendre ici la fin » : vivre chaque instant, chaque jour comme s’il était le dernier. Tant qu’il y en a, alors tant mieux. Dans les deux vers suivant : « flotter dans l’air trop lourd ». Mylène doit « nager » ou « ramer » sans arrêt pour survivre dans une atmosphère suffocante. « Du presque rien » : elle ne peut s’élever dans cet air pollué car les petites humiliations de la vie l’en empêchent. Elle ne « grandit » pas et ses pensées importantes sont bafouées. « À qui tendre la main » : cette main cherche de l’aide mais personne ne vient à son secours. « Si je dois tomber de haut » : c’est l’exacte expression qui est employée pour désigner quelqu’un qui espérait beaucoup de la vie. Mais ses projets, ses rêves, ses valeurs se sont effondrées comme un château de cartes. « Que la chute soit lente » : le mot « résistance » est perceptible ici. Mylène entre dans une lutte acharnée, le combat de la vie, pour la vie. « Je n’ai trouvé le repos que dans l’indifférence » : c’est la fatalité. C’est aussi le repos du guerrier. Les cassures, les blessures, renforcent l’être qui s’insensibilise. « Pourtant je voudrai retrouver l’innocence » : Mylène est consciente qu’elle doit quitter ses idéaux de jeunesse. Elle aspire cependant à de meilleurs jours, plus insouciants « Mais rien n’a de sens et rien ne va ». La réalité rappelle Mylène à se souvenir des priorités. Nous arrivons au refrain. Celui-ci est clair : c’est un hymne fédérateur. Mylène demande écoute et assistance dans ce monde chaotique où la logique est inhibée ; C’est la fin de l’idéalisme fondé par Platon, et aussi la chute de l’idéologie marxiste. « Qui pourrait m’empêcher de tout entendre », « Quand la raison s’effondre », «À quel sein se vouer », « Qui peut prétendre nous bercer dans son ventre » : c’est une extrême solitude qui obsède Mylène restant à philosopher sur le destin alors que chacun court à sa perte, que le monde tout entier va dans le mur. C’est l’avènement de l’individualisme au détriment de la bulle familiale qui du même coup éclate. Le ventre protecteur maternel n’existe plus. Les bras robustes du père ne sont plus là. Le mot « père » a une connotation religieuse car la foi (du moins la spiritualité) s’efface devant un matérialisme outrancier. « Si la mort est un mystère », « La vie n'a rien de tendre », « Si le ciel a un enfer », « Le ciel peut bien m'attendre », « Dis-moi, », « Dans ces vents contraires comment s'y prendre » : Mylène ne se résigne pas mais est contrainte de rester dans un monde où trop de savoir tue l’espoir d’une société plus humaine mais bien au contraire participe largement à l’élaboration d’une civilisation où toutes les valeurs sont marchandes . Mylène n’espère même plus rien de l’au-delà ; Les hommes ont tué Dieu !
USINE DE MEUBLES À IVRY SUR SEINE, AUX PORTES DE PARIS
Mylène Farmer est d’une génération où les « trente glorieuses » (1945 - 1973) développèrent à vitesse grand V les pays industrialisé meurtris par la seconde guerre mondiale. Le nouvel âge d’or des sciences et techniques était né. Le 12 avril 1969 Youri Gagarine prenait son envol vers la Lune. L’économie occidentale acquérais à un essor considérable. Les états et les entreprises entrèrent en concurrence. Le profit s’installait.
Seule ombre au tableau (et pas des moindres), la guerre froide entre l'est et l'ouest : l'URSS avec sa politique collective, les USA assoiffés de réussites (individuelles), leurs pays satellites ou alliés et leurs arsenaux militaires, notamment les nombreuses armes atomiques.
LA R.16 : L'AUTOMOBILE DE LA GÉNÉRATION « BABY BOOM »
Cela n’empêchait pas les couples de faire de nombreux enfants. Cette génération n’était donc peut-être pas si désenchantée que cela mais sonnait le glas apocalyptique pour celles en cours et à venir. Ces illustres décennies s’achevèrent avec le premier choc pétrolier (1973) couplé au « baby boom ». D’autres évènements liés à l’hydrocarbure sont intervenus notamment en 1979 et 2008.
LA GUERRE DU GOLFE (1991)
Les conflits au Moyen Orient (déjà présents) se multiplièrent avec notamment la guerre du golfe (ou du Koweït) où la coalition internationale menée par les occidentaux déclenchait les hostilités en janvier 1991 contre l’Irak de Saddam Hussein dont l’armée avait envahi l’émirat Koweïti. Hasard du calendrier, Désenchantée naissait à la fin de la guerre. En 2003, une nouvelle offensive était organisée contre Saddam, parallèlement à l’invasion de l’Afghanistan par les américains. Cela faisait suite aux attentats du 11 septembre 2001 qui a entre autres détruit le World Trade Center (les tours jumelles) à New York.
Désenchantée est plus que jamais d’actualité. Toutes les valeurs humaines, sociales et culturelles sont depuis quelques années sacrifiées sur l’autel de l’argent roi. La crise économique mène les états à la faillite. La science agit en faveur d’un monde totalement aseptisé. Le meilleur des mondes en quelques sortes, celui du livre d’Aldous Huxley. Il y a de quoi se glacer le sang. Nos démocraties glissent vers un « empire gigantesque des pays dits riches » où les hommes et les femmes d’état pourraient être remplacés par de sombres fonctionnaires appartenant à une oligarchie de lobbies internationaux. Un gouvernement mondial dirigé par ces bureaucrates verrait le jour. Face à cet empire, des pays dits pauvres dominés par des dictateurs et des nations religieuses, menant le front. . Dans cette perspective, cela aboutirait à un conflit d’une extrême violence ajouté aux catastrophes déjà existantes dues au changement climatique (entre autres).
Rien n’est inéluctable. L’humanité est capable de s’opposer à cela... Un soulèvement général de ceux « d’en bas » est possible. Une évolution est en cours : les peuples arabes se sont soulevés, réclamant de leur liberté. En Occident : outre l’extrême droite, les partis écologistes font des scores électoraux importants. Le changement pour un monde plus humain et respectueux de l’environnement est timide mais bien présent.
LE WORLD TRADE CENTER À NEW YORK
VERS UN MONDE MEILLEUR ?
Partagez cette page :